Édito n°19
La précarité : une priorité absolue
Le statistiques de l’Assurance maladie sont éloquentes (lire notre rubrique Prévention, pages 24 à 27). La fréquence des accidents du travail des intérimaires est deux fois plus importante que celle de la population des travailleurs en général. Ils sont également 1,5 fois plus impactés par les décès…
Les explications sont multiples. Souvent affectés aux tâches les plus dangereuses et les plus pénibles, les précaires sont aussi soumis à une pression plus forte et à une moindre capacité de revendication. Ils accèdent également moins facilement aux formations et à l’information sur les mesures de prévention et l’usage des équipements de protection individuelle, quand ils en disposent… Moins intégrés que les autres salariés, ils subissent une forme de délitement des liens sociaux qui les exposent davantage aux risques psycho-sociaux.
En outre, les formes de précarité au travail explosent dans notre société « moderne ». Si hier le statut suffisait à caractériser la précarité (CDD, intérim, vacataires…), il n’en est plus rien aujourd’hui. De nombreux salariés en CDI se voient imposer des temps partiels et une discontinuité des horaires, notamment dans le commerce et l’aide à la personne. Sans compter les travailleurs purement et simplement privés de statut. Ces pseudo-indépendants qui pullulent depuis la mise en place du « statut » d’auto-entrepreneur en 2009, légalisant de fait l’ubérisation du travail.
Dire que ces précaires méritent une attention toute particulière des professionnels de la santé au travail est donc d’une triste évidence, et il nous paraissait urgent d’y consacrer ce numéro.
Certes, des réglementations ont été mises en place, notamment pour favoriser la transmission des informations entre les médecines du travail des entreprises utilisatrices et celles de travail temporaire. Mais de nombreux experts en conviennent : il faut aller plus loin, notamment en imposant et en standardisant les formations à la sécurité pour les précaires. Enfin, le coût des accidents du travail est exclusivement supporté par les entreprises intérimaires, sauf dans les cas les plus graves, ce qui n’incite pas les entreprises accueillantes à prendre des mesures plus strictes en terme de prévention. Le chantier de la protection des précaires au travail est donc immense. A moins que la véritable question soit celle de la recherche de son éradication ?
Nicolas Lefebvre